Au seuil de l'autre réalité (Extrait : Neary Marley)

Au seuil de l'autre réalité tome 1
Au seuil de l'autre réalité tome 1

L’élue

Lorsque Sylvie se présenta à son entretien, la nuit commençait à tomber. Une longue et dure journée s’achevait et elle s’apprêtait à rentrer chez elle pour dîner. Mais quelqu’un l’appela, c’était un homme qui la reçoit aussitôt dans son bureau. Elle entra d’un pas assuré, se dirigea vers la chaise et s’assit. L’entrevue commença alors…

« Nous allons nous présenter d’abord, si vous voulez bien.

– Oui, d’accord ! – Je suis Franck Tomaszczyk.

– Et moi, je suis Sylvie Martin. Mais vous pouvez m’appeler Sylvie.

– Appelez-moi Franck alors…

– Vous êtes venue pour un poste d’assistante ? C’est bien ça ? Vous en êtes capable ? Demanda-t-il en l’examinant d’un air dubitatif.

– Euh… Capable de quoi ? Demanda-t-elle.

– Capable de faire ce qu’on vous demande de faire ! Affirma-t-il.

– Ça dépend de ce que vous me demandez de faire ! Répliquat-elle.

– D’accord, ne vous inquiétez pas ! Vous verrez bien et ce n’est pas bien méchant ! Lui répondit-il de nouveau. Nous recherchons quelqu’un de courageux.

– Je suis ! Et pourquoi vous me dites, vous ? Je n’ai que dixsept ans »

La jeune fille ne dit pas un mot.

« Et… Dans votre CV… Vous avez affirmé que vous travailliez dans la vente ! C’est bien ça ?
– Oui ! En apprentissage, répondit-elle.

– Et vous faisiez quoi ?

– Je faisais l’inventaire, je cintrais et réceptionnais les vêtements et je suis aussi étalagiste. Je suis une semaine sur deux à l’entreprise »

Le chasseur d’ombres observa son CV et réfléchit, il finit comme même par lui répondre

« D’accord ! Vous êtes disponible quand ? Dit-il en la vouvoyant de nouveau.

– Euh… Je suis disponible tout le temps ! Réponds la jeune fille.

– D’accord Sylvie ! Je vous rappelle dans la semaine, ça marche !

– Oui, ça marche ! » en hochant de nouveau la tête.

La jeune fille se leva brusquement et se dirigea vers la porte d’un pas rapide. On aurait dit qu’elle était pressée. En sortant de l’entrevue, sur le parking de l’entreprise, la pluie tombait abondamment depuis trois jours. Sa parfaite chevelure brune trempée dégoulinait. Les arbustes et les buissons de ronces à l’horizon commençaient à bourgeonner, mais le printemps tardait à venir. Fille unique, d’un père aimant, attentionné et d’une mère inconnue. Et l’inquiétude d’un père est de voir sa fille grandir, devenir femme et assurer son avenir. Pas question de léguer sa fortune à n’importe qui ! Les parcelles de terre, se réduiraient à chaque génération jusqu’à ce qu’il n’en reste rien selon la tradition. Un père, normalement, doit léguer sa terre à son fils aîné et comme il n’en a pas, les parcelles de terre lui reviennent de droit. Pas si grave s’il est mal vu du voisinage. Elle était l’enfant au don extraordinaire, elle pouvait gérer sans difficulté toutes les situations improbables. Toutes les possibilités avaient été épuisées. En désespoir de cause, M. Martin envisageait de l’envoyer comme assistante auprès du chasseur d’ombres dans l’entreprise R 81 à bout du pont de l’Arn. C’était du moins ce qu’elle croyait comprendre. Elle aurait dû se douter que quelqu’un fût derrière tout ça… Ce quelqu’un était derrière beaucoup de choses longtemps depuis son enfance… Mais qui ? C’était son héritage cette parcelle de terre. Comment un père, aurait-il pu permettre un tel héritage ? Sa mère n’est plus de ce monde. M. Martin lui raconta qu’elle venait d’Europe de l’Est, il lui disait, si on l’écoutait attentivement, on remarquait sa façon particulière de prononcer certains mots. N’allez pas imaginer qu’il voulait se débarrasser de sa fille quelque chose de ce genre ! Elle en avait plus qu’assez de voir son père donner autant d’effort pour cacher son don, de toute façon. Et ce que les Mazamétains appelaient la « fille bizarre » n’était qu’une jeune fille ordinaire. Elle n’avait aucune envie d’utiliser son don et d’y passer le reste de ses jours sous la protection de son père. Dans un sens, l’idée de devenir assistante du chasseur d’ombres lui plaisait. C’était probablement plus intéressant que de rester auprès de son père. Seulement, ce n’était guère rassurant. Elle devrait apprendre à manipuler les forces obscures, à se protéger et contrôler le don qu’elle possède en sa faveur afin de protéger les habitants ; affronter toutes sortes de créatures serait son lot quotidien. Car telle était la tâche du chasseur d’ombres, et elle allait, semblait-il, devenir son assistante.

« Qu’en penses-tu, toi, Guillaume ? Demanda le chasseur d’ombres à son collègue.

– Je pense qu’elle va y arriver, elle en est capable, il faut avoir confiance collègue », répondit-il. Le chasseur d’ombres hocha la tête et se tourna face à la fenêtre de son bureau. À l’horizon, le parking lui semblait vide, comme s’il avait vu et entendu quelque chose. Puis, haussant les épaules, il déclara…

« Ce n’est déjà pas une vie facile pour un homme élevant seul une enfant, alors, pour une jeune fille… ! Vous pensez qu’elle en sera capable ?

– Elle est forte, elle sera notre meilleur élément dans la société R 81, » affirma Guillaume en se redressant de toute sa taille. Même ainsi, sa prestance arrivait au même niveau que son collègue, le chasseur d’ombres. Soudain, celui-ci sourit. Personne ne s’y attendait. Son visage semblait dur, et jusqu’à cet instant, il avait paru redoutable. Sa veste sombre lui donnait l’allure d’un homme très sérieux, mais quand il vous regardait dans les yeux son expression évoquait plutôt celui d’un homme ordinaire prêt à vous aider dans des situations difficiles. La couleur de ses cheveux était châtains clairs et toujours bien soignés, bien rasé aussi. Il avait les yeux marron. En revanche, il y avait un détail intéressant chez le chasseur d’ombres… Il est toujours à l’écoute de ses recrues. Ça, bien sûr, la jeune fille l’avait remarqué à l’entrevue. Mais elle venait seulement de remarquer qu’il aimait plaisanter. Cette particularité lui plaisait en tout cas.

« Combien de recrues avons-nous Franck ? Demanda, Guillaume, coupant le fil de ses pensées. Ils passèrent aux choses sérieuses…

– À peu près une douzaine pour le moment. Si cela te convient, on en recrutera d’autres Sinon, il faudra attendre encore. »

Guillaume opina ; le recrutement n’était pas encore terminé. Ils quittèrent le bureau et allèrent dans l’entrepôt. Guillaume remit au chasseur d’ombres une enveloppe kraft avec les instructions à suivre. Ils n’échangèrent pas de poignée de main. Personne ne voudrait toucher le directeur de cette entreprise. Le chasseur d’ombres se comportait bravement, tout en se tenant à distance de son collègue.

« J’ai à faire dans les environs, dit Guillaume. Je repasserai à l’entrepôt aux premières lueurs du jour pour tout rangé. Assurezvous qu’elle ne sache rien, de ce que nous faisons ou alors allez la chercher, je n’aime pas que l’on découvre notre activité. »

Dès que Guillaume se fut éloigné, le chasseur d’ombres se sentit un peu soulagé…

« C’est une nouvelle aventure qui commence, pour la société. Je m’en vais alors ! », se dit-il. Quand Sylvie entra dans la cuisine, M. Martin la regardait en souriant. Elle aime beaucoup son père. Il est chaleureux, attentif et amical. Il a été une bonne chose pour elle : il a le don de calmer son stress. C’est vrai que Sylvie est bien faite physiquement ; elle est toujours coquette avec ses beaux yeux bleus, aussi sa peau irradie à la lumière des jours.

« Je risquerai d’être prise cette semaine papa, lâcha-t-elle. M. Tomaszczyk doit m’appeler à la première heure pour une offre ou bien venir me chercher. »

Le visage de son père s’éclaira…

« Il a accepté de te prendre ! Elle hocha la tête.

– Oui et non, normalement, il m’appelle ou il vient me chercher… Il m’accorde quinze jours d’essai, je crois !

– C’est merveilleux comme même, princesse ! Je suis vraiment content pour toi. Je suis sûr qu’il viendrait te chercher. »

Il lui arrive de voir des choses dans le noir, et un peu de lumières permet de les tenir à distance si elle veut trouver le sommeil. Son père vint vers elle et l’entraîna autour d’une table et lui pria de s’asseoir. C’est sa façon de lui annoncer quelque chose. Il finit par lui dire en prenant ses mains dans les siennes.

« Écoute, ma chérie ! J’ai quelque chose à t’annoncer. Tu vas au R 81, tu as un don ! Il y a juste un petit problème…

– Comment sais-tu que c’est le R 81 ? Et je ne sais même pas quelle est cette offre ! Et quel est le problème ? Demanda-t-elle.

– Utilise-les. Tu sais pourquoi ?

– Non.

– Parce que moi aussi, je vois des choses que les gens ne voient pas. Je suis comme toi, tu peux sauver beaucoup de gens grâce à ton don. C’est eux qui m’ont dit le nom de la société.

– Qui ça eux ?

– Les êtres invisibles », répondit son père.

Elle se tut, pourtant, il y avait du vrai dans ces paroles. Mais le chasseur d’ombres savait-il son véritable don ? Elle se leva et retira ses mains dans les siennes, et vit le visage de son père s’attrister soudain.

« Oh ! Tu seras là pour noël ? »

Il paraissait si déçu qu’elle se sentit toute malheureuse à l’idée de partir pour R 81. Son père avait prédit qu’elle avait quelque chose à voir avec le R 81, et il ne se trompait jamais.

« Je reviendrais à la maison, ne t’en fais pas ! » Promit-elle. Il s’efforça de sourire, et elle le serra fortement dans ses bras.

« Tu pourras toujours compter sur moi. Je serai là si tu as besoin de moi. – Oui, je sais ! C’est pour ça que tu es mon père. »

Une heure plus tard, elle s’assit à table pour dîner, sachant qu’au matin, elle serait partie. Comme d’habitude, elle fixait l’assiette, attendant poliment que son père vienne dîner. Elle eut alors un sourire très tendre destiné à son père, un sourire qui lui met du baume au cœur. La lumière dans la cuisine répandait une faible lueur jaunâtre. Le chandelier posé sur la commode était si bien astiqué que leurs visages s’y reflétaient. La commode elle aussi avait droit au cirage. La maison était impeccablement propre, aucunes poussières ne traînaient par-ci, par-là. Si son père prenait presque toutes les décisions pour son avenir et son bien-être, dans certains domaines, elle faisait à son idée. Tandis qu’ils attaquèrent leurs larges portions de bourguignon fumant, elle fut frappée de voir combien son père semblait vieux, ce soir-là vieux et fatigué. Un voile de tristesse assombrissait de temps à autre son visage. Elle s’anima en servant le bourguignon à son père.

« Mange, papa. Ça va être froid ! Je suis sûre que tu as faim. » et tous les deux se mirent à argumenter de leur avenir. C’était le genre de discussion amicale qu’elle peut avoir avec son père, et il y prenait plaisir. Cependant, elle avait déclaré, qu’elle en avait assez de le voir comme ça. Indifférente aux coups d’œil de son père, Sylvie tendit la main pour attraper la salière et la renversa accidentellement. Un petit cône de grains blanc se forma sur la table. Sylvie en prit une pincée qu’elle le lança par-dessus son épaule gauche. Selon une vieille superstition, gaspiller le sel attire le mauvais sort, et ce geste est censé le conjurer.
« Il est inutile d’ajouter du sel à ce plat, de toute façon, réprimanda-t-il à sa fille. Cela gâcherait le bourguignon.

– Désolée, papa ! S’excusa-t-elle. Tu as raison, ce Bourguignon est parfait. Il lui sourit, puis se tourna vers elle.

– Ça va, papa ! Affirma-t-elle. Je suis contente d’être là, à tes côtés.

– Eh bien, moi aussi, fit-il en remuant la tête, j’ai plusieurs choses à te dire. Va dans le salon après le dîner, que nous ayons une petite conversation ! »

Ainsi, ils se furent retirés dans le salon. M. Martin n’était pas du genre à faire des embarras. Il commença simplement par lui dire ce qu’il comptait faire. Elle fixa la table basse, tapotant le plancher du bout du pied, quand il s’approcha et s’installa face à elle. À part, quelques mèches grises qui striaient sa chevelure noire, il n’avait pas changé depuis l’époque où elle était à peine grande. Son regard était aussi vif, et, malgré la pâleur de sa peau, il était l’image même de la santé.

« C’est notre dernière occasion de discuter tous les deux avant ton départ, dit-il. Tu franchis une étape importante. Tu vas quitter la maison, apprendre un nouveau métier et à te débrouiller seule. Si tu as quelque chose à dire, quoi que ce soit à demander, fais-le maintenant. »

Cette question lui vint à l’esprit ; ses paroles lui avaient fait monter les larmes aux yeux, mais le doute s’installe peu à peu. Le silence s’étira, troublée seulement par le tapotement de ses pieds sur le plancher. M. Martin finit par soupirer.

« Qu’est-ce qui ne vas pas ? Tu as perdu ta langue ? Elle haussa les épaules.

– Arrête, je n’aime pas te voir comme ça, Sylvie, et écoute-moi attentivement. Avant toute chose, utilise ton don quoi qu’il arrive. »

Elle se souvint des paroles de son père, prétendant qu’elle aussi pouvait chasser les ombres.

« Je n’en suis pas sûre, papa, avoua-t-elle. Personne n’a envie de côtoyer un être doté de ce pouvoir. Les gens fuiraient dès qu’ils s’approchent de moi, et je serais toujours seule, sans amis. – Ce ne sera pas aussi terrible que tu le penses. M. Tomaszczyk, ton formateur, deviendra vite ton confident, tu verras. De plus, tu seras fort occupée, avec tant de choses à apprendre ; tu n’auras pas le temps de t’ennuyer. N’est-ce pas une opportunité pour toi ?

– Si, bien sûre ; mais je trouve effrayante. J’ai envie d’être son assistante, mais je doute de mes capacités. Une partie de moi désire d’aller au R 81, découvrir ce métier et découvrir d’autres lieux, mais ce sera dur de te laisser seul. Tu me manqueras. La maison aussi me manquera. – Tu ne peux pas rester toute ta vie ici, insista M. Martin. Ton père vieillit, tu sais ! Mieux vaut que tu prennes une décision avant qu’il ne soit trop tard. Sa voix lui parut froide, plus sérieuse qu’à l’ordinaire. Qu’il s’adresse à elle sur ce ton la troubla si douloureusement qu’elle en eut le souffle coupé. Elle n’avait qu’une envie. Aller se mettre au lit. Il avait encore beaucoup à dire. Sylvie avait rarement entendue aligner tant de mots à la suite.

– Tu as un devoir à faire, et tu le feras, reprit-il avec fermeté. De plus, tu le feras bien. Ta mère m’a donné une superbe petite fille. Tu es ma seule fille, et tu as le don. M. Tomaszczyk est encore en pleine possession de ses forces, il a encore le temps, il est jeune et fort. Cela fit longtemps qu’il arpente le pays, accomplissant sa tâche. Bientôt, tu prendras le relais. Et, si tu ne fais pas jusqu’au bout de tes ambitions, qui le fera ? Qui veillera sur des gens ordinaires ? Qui les protégera des êtres obscurs ? Et dans les fermes, les villages et les villes ? Qui assurera la sécurité des femmes et des enfants se promenant sans craintes le long des rues et des chemins ?

Elle ne savait que répondre et n’osait le regarder dans les yeux. Elle réussit du moins à ravaler ses larmes.

– J’aime t’avoir à mes côtés, poursuivit-il d’une voix plus douce. Toi, tu n’es encore qu’une jeune fille en pleine croissance. Mais, dans cette ville, tu es la seule qui soit semblable à moi. Tu as le don, et la force d’accomplir ce qui doit être accompli. Je serai fier de toi, j’en suis sûr.

Il se leva en concluant.

– Bien ! Je suis content que nous ayons eu cette conversation. Maintenant, au lit jeune fille ! Demain est un grand jour, il faut que tu sois en forme. » Il la serra dans ses bras et la regarda avec un sourire. Elle fit de son mieux pour paraître réjouie et lui rendit son sourire ; mais, arrivée dans sa chambre, elle s’assit sur le bord de son lit, l’air pensif, ressassant ce qu’il lui avait dit. M. Martin est une personne respectée dans le voisinage.

Il connaît bien les herbes et les potions magiques et beaucoup d’autres encore ; et lorsqu’une personne se présente mal, les habitants ne manquent pas de l’envoyer chercher. Dans la ville, et aux alentours de Mazamet beaucoup de gens lui devaient la vie. Il faisait ce qu’il y avait à faire, rien de plus. C’était aussi ce qu’il attendait d’elle. Et elle ne voulait pas le décevoir. Après avoir réfléchit longtemps à cette question, elle alla s’installer dans son vieux fauteuil en osier, devant sa fenêtre et regarda à travers les carreaux. La lune baignait la campagne d’une lumière d’argent. Elle distingua au-delà du jardin, au-delà des champs, au-delà des pâturages. Elle aimait ce paysage. Elle aimait la montagne, perdue dans la distance, telle qu’elle pouvait la voir de sa fenêtre. Depuis toujours, c’était son rituel du soir, avant de se mettre au lit. Elle contempla cette montagne que l’on nomme la montagne noire et elle essayait d’imaginer ce qu’il y avait derrière. Elle savait qu’on y trouvait d’autres prés, d’autres champs, et, plus loin, un village, une douzaine de maisons, une petite église et une toute petite école. Pourtant, son imagination lui faisait voir autre chose. Elle se figurait de blanches falaises surplombant l’océan, ou bien une forêt, ou une grande cité lumineuse, avec de hautes tours. En cet instant, néanmoins, en contemplant la montagne noire, elle se souvenait aussi de ses peurs. De loin, ça allait ; mais elle n’avait jamais eu envie de s’en approcher. La montagne noire, vous vous en doutez, n’avait pas été nommée ainsi par hasard…

Un siècle ou plus d’un siècle auparavant, une violente tempête avait ravagé le pays, et tous les habitants y avaient pris part. Cette tempête avait été l’un des pires qui soient, une de ces étranges brumes noires contaminèrent toute la ville et les villages dans la commune de Mazamet, où l’on se bat parfois contre l’invisible. Au cours du dernier hiver de cette catastrophe, une armée militaire s’était postée aux abords du village et mit en quarantaine. À la fin, l’armée avait conduit les contaminés jusqu’à la montagne noire et depuis le dossier est classé secret. Il existait une autre version de cette histoire, mais on n’en sait pas plus. Sylvie elle-même n’aimait pas aller du côté de la montagne noire, et même les chiens refusaient de faire leur petit tour à la lisière du bois. Quant à elle, sensible comme elle était à des choses que les autres ne percevaient pas, elle était incapable d’aller dans les pâturages proches, car elle pouvait les voir et les entendre. Elle entendait les gens crier, et les branches craquer sous le poids des pas. Elle entendait les mourants appeler à l’aide. M. Martin avait dit qu’elle était semblable à lui. Ce qui est sûr, c’est qu’il était semblable à elle, elle savait que lui aussi pouvait voir des choses que les autres ne voyaient pas.

Un hiver, à l’époque où elle n’était encore qu’une fillette, les ombres venues de la montagne noire étaient si bruyantes et effrayantes, la nuit, qu’elle ne parvenait pas à retrouver le sommeil. M. Martin n’entendait et ne voyait rien ; elle, si. Et elle ne comprenait pas pourquoi elles étaient venues. M. Martin venait à son chevet chaque fois qu’elle appelait, alors qu’il était debout pour assurer toutes les tâches ménagères. Il finit par lui dire qu’il allait s’en occuper. Une nuit, il alla seul à la montagne noire, et s’aventura sous les arbres. Quand il revint, tout était paisible et le calme dura plusieurs mois dans sa chambre. Sur un point M. Martin était plus courageux qu’elle… Sylvie avait peur.Tel

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au seuil de l'autre réalité tome 2
au seuil de l'autre réalité tome 2

Auteur : Neary Marley

J’étais une enfant que la vie n’a pas gâtée, j’étais une fillette réservée. La lignée de mes ancêtres était tombée dans la disgrâce. Je suis issue d’une famille de politicien. Les journées étaient bien longues, depuis qu’on m’avait mise à l’écart des autres enfants. Je n’avais plus de goût à m’amuser. Je me suis posé beaucoup de questions tout au long de ma vie, concernant les injonctions des khmers rouges et ma survie au S21, l’équivalent de R81. Veillant à la stricte application des règles et des conditions dans le camp de la mort, je devais me taire à tout prix si je voulais vivre ! Je n’avais pas le droit de pleurer non plus ! Les moments de cruautés qui survenaient constamment à mon égard m’indiffèrent désormais. Tel est le sens de ma vie. Ma dissimulation dans ce livre a modifié non seulement mon destin mais aussi ceux des autres, et l’ensemble de mon caractère. J’ai une vie entière à vous raconter. Mais j’ai encore du temps devant moi et j’en profite. Au bout de tant d’années, je décide enfin de raconter ce que j’ai dû endurer autrefois, lorsqu’on m’a privée de mes parents. Seul le présent m’intéresse, aujourd’hui.

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Rédigé par neary

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